Vingt-trois ans d'action humanitaire m'ont permis de faire bon nombre de rencontres hors du commun, de gens bien souvent eux-mêmes bousculés par la vie, qui se mettent au service de l'autre, en espérant apporter chaleur et réconfort à des malheureux de toutes sortes et de toutes origines. Chantal, responsable de la pharmacie dans une association lyonnaise, mère de famille exemplaire, n'hésitant pas à s'engager dans un long et périlleux voyage pour Sarajevo lors de la guerre de Bosnie, pour livrer des secours à une population affamée et abandonnée, et qui trouvera une mort injuste et cruelle, tuée par un snipper à la sortie de la ville, d'une balle en pleine tête. Roger, modèle de disponibilité, toujours au service des plus défavorisés. Une semaine en Ardèche, à cuisiner pour une classe de CM2 en découverte-randonnée, loin de leur banlieue dortoir de la région lyonnaise, la semaine suivante au volant d'une camionnette pour livrer des médicaments au cœur des Balkans. Novka, jeune professeur de français en Bosnie, qui passe trois ans en France à essayer de faire le lien entre des mamans expatriées par force et une société française pleine de bonne volonté , mais pas toujours consciente des différences culturelles qui creusent des fossés. Françoise, mon premier contact en arrivant à Tananarive, petite bonne femme que je vois partir dès le lendemain pour diriger un chantier oh combien périlleux, au sens propre du terme, de rénovation de l'inhumaine prison pour hommes de Diègo-Suarez. Dany et Michel, couple admirable d'implication, passant six mois par ans à Madagascar, à soulager toutes les misères qui se présentent, et elles sont nombreuses...Danielle, enfin, mère d'une jeune humanitaire de 27 ans enlevée au Tadjikistan, abattue en 1997, lors de sa libération, par les forces russes mandatées par l'ONU. Danielle, qui ne s'est jamais remis de cette perte cruelle, mais qui a pris la décision courageuse de reprendre le flambeau de sa fille Kareen, et qui a monté à son tour une association pour venir en aide aux enfant en détresse. Danielle, qui a ce mot admirable, qui sans doute résume et justifie toute action humanitaire: "Donner l'Amour que l'on a en soi à ceux qui en ont besoin,c'est juste, c'est bien. " J'en oublie, bien entendu, de ces extraordinaires et admirables bénévoles. Merci à chacun d' eux, j'ai tant appris à leur côté...