Depuis le milieu du 20ème siècle, nous assistons à l'accélération d'une évolution de notre civilisation, en cours depuis le début de l'industrialisation, à peu prés vers les années 1900. Notre civilisation, jusqu'alors uniquement rurale, se transforme, doucement au début, en devenant urbaine. Des millions de paysans, rebutés par la dureté de leurs conditions de vie, par leurs revenus aléatoires, soumis aux lois du marché, aux habitudes locales et surtout aux caprices de la météo, pensent trouver le bonheur, mais surtout la stabilité en rejoignant les villes, où ils imaginent trouver des emplois pérennes et un niveau de revenus acceptable. Depuis lors, ce mouvement ne cesse de s'accélérer, en particulier dans tous les pays du tiers-monde. On assiste à un exode massif du monde rural, vers les capitales et les villes importantes. Ces capitales et ces villes n'étant en rien préparées à cet afflux inattendu, le résultat est le développement, voire l'explosion des bidonvilles, installés en périphérie de ces agglomérations, dans des conditions d'insalubrité presqu'incroyables à nos yeux d'occidentaux: pas d'eau potable, pas d'installations sanitaires de base, pas de rues ni de routes. Dans la plupart des pays où s'installent ces bidonvilles, n'existent aucune forme de protection sociale: pas de retraites, absence de sécurité sociale . Les habitants, en règle générale, n'ont pas accès aux soins, n'ayant pas de revenus pour payer les médecins, et de toute façon ne pouvant payer les médicaments. Bref, un tableau bien sombre des conditions de vie dans ces entités multiformes, qui amènent à un étonnement d'autant plus grand quand on s'aperçoit que le vie dans les bidonvilles offre finalement la possibilité à ceux qui sont contraints d'y habiter de s'en sortir beaucoup plus facilement que s'ils étaient resté dans leur campagne, leur douar, leur village d'origine. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette paradoxale réussite. D'abord ceux qui partent sont les plus motivés pour s'en sortir, donc les plus volontaires. Ensuite, ils bénéficient quelquefois d'aides qu'ils ne pourraient trouver en leurs lieux d'origine. Par exemple, des campagnes de vaccinations menées par des associations internationales, qui permettent de sauver de nombreuses vies d'enfants. Par exemple aussi, et surtout, la scolarisation de ces mêmes enfants, impossible en milieu rural, car il faut que tous travaillent. Dans certaines conditions, difficiles à réunir, des enfants des bidonvilles rejoignent l'école, et on constate à quel point ils mesurent leur chance et sont motivés. En général, ils accèdent au monde du travail, et dès lors peuvent rejoindre les habitats de la ville qui les rejetait. Les conditions de la réussite, et celles de l'évolution, sont dès lors réunies et permettent aux enfants en question de prendre en charge leurs parents et d'assurer à ces derniers de vieux jours plus paisibles. En bref, ces évolutions ne se font pas dans la joie, mais par la force, mais on constate qu'elles existent, et justifient à elles seules l'existence d'associations humanitaires composées de milliers de bénévoles, qui travaillent d'arrache-pied pour permettre aux habitants des bidonvilles d'envoyer leur enfants rejoindre les écoles. Les bidonvilles, malgré les conditions inhumaines qu'ils imposent à leurs habitants, apparaissent comme des vecteurs d'intégration incontournables.