Article écrit en février 2012, suite au décès d'une de mes filleules dans un bidonville de Tananarive.
Je suis bouleversé, car on vient de me faire savoir que tu es morte. Oh, pour beaucoup, sans doute, c'est un évènement sans importance. C'est même un "Non-Evènement" ! Et pourtant, comment imaginer une telle injustice , Tu avais dix ans, tu n'avais jamais connu la station debout. Dès ta naissance, ta maman t'a pris dans ses bras, pour te permettre de te lever, pour te faire manger, pour te promener. Cela ne la changeait pas beaucoup, elle avait l'habitude ! ta grande sœur, de cinq ans plus âgée, avait eu la même maladie, pas très grave, facile à soigner. Mais, faute des quelques euros nécessaires, jamais il ne fût possible de vous offrir ce traitement. Alors, à quelques mois d'intervalle, vous avez toutes deux été frappées par cette terrible invalidité, qui a contraint à vous faire survivre en fauteuil roulant. Belle destinée, pour deux adorables petites filles ! Avec un nouveau papa, vous avez ensuite eu deux frères, heureusement épargnés par la maladie. Je vous ai rendu visite plusieurs fois depuis 2007, date à laquelle je vous avais découvert dans un bidonville de Tananarive, puisant à chaque fois de nouvelles forces pour aider les plus défavorisés, devant votre joie de vivre et le courage de votre maman. Et voilà qu'aujourd'hui, ta vie s'arrête, avant même que d'avoir commencé. Le monde continue, le monde va continuer. Pendant ce temps, de petites filles meurent, entourées certes d'amour, mais sans possibilité d'être seulement soignées. Ce qui me rend plus triste que tout, c'est que j'ai le sentiment d'être dans l'incapacité de faire passer ce message d'amour, de générosité, de partage, qui seraient si nécessaires en ces temps troublés. Repose en paix, petite Tina. Je regrette tant de n'avoir pu aller te serrer dans mes bras, ces derniers mois. Je suis certain que le monde évoluera, sans toi maintenant, bientôt sans moi. Mais il évoluera, ce serait trop triste autrement.