Il est frappant de constater à quel point, depuis une quinzaine de jours, les préoccupations de l'opinion publique, non seulement en France, mais dans l'ensemble des pays européens ont évolué. Souvenez-vous, début novembre, il n'était question que de l'accueil de réfugiés syriens. Chacun voyait en eux, à juste titre, les pitoyables victimes d'un régime politique rejeté par la plus grande partie de sa population, et par un ensemble d'infâmes terroristes radicaux voulant imposer des règles de vie sans aucune justification philosophique ou religieuse. Sans doute aurait-il fallu, avant d'ouvrir grandes les portes de l'Europe à des centaines de milliers de réfugiés, préparer avec soin leur arrivée. Mais, devant l'urgence, cela n'a pas été le cas.La possibilité de ce voyage de l'espoir a été parfaitement entendue, et des centaines de milliers de réfugiés potentiels se sont précipité. Et, depuis les tragiques évènements du 13 septembre, d'un seul coup, les réfugiés ne sont plus notre souci, remplacés par la sécurité. La sécurité à tout prix, même au prix de la vie et du devenir de centaines de milliers d'épaves humaines, jetées sur nos routes, animées par un extraordinaire espoir de sortir de leur condition de renégats, bercées par l'illusion de pouvoir enfin vivre dignement, de voir s'offrir un avenir à leurs enfants. Tout cela est balayé par notre indicible peur, peur de l'autre, peur de voir se glisser dans les convois de réfugiés des tueurs déterminés, peur de voir nos emplois déjà insuffisants pris par d'autres. Paradoxalement, et au même moment, notre souci est grand, devant la désersification de nos campagnes, devant les classes fermées fautes d'élèves en nombre suffisant, devant le manque de médecins dans certains endroits reculés du territoire. N'y aurait-il pas là matière à de vraies et sérieuses réflexions, sources de solutions dictées à la fois par la générosité, le partage et le sens de l'accueil , Tentons, vraiment, de faire voler au loin nos tendances au rejet de l'autre, à la peur, et au repliement sur nous. C'est par cette volonté que notre civilisation pourra évoluer, et non par l'exclusion.