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transhumance des moutons

Il y a quelques années à peine (mais c'était au siècle dernier!), la transhumance des moutons s'effectuait au pas tranquille des troupeaux, guidés par les bergers et leurs chiens, dans la lente ascension qui les menait vers l'herbe haute et abondante des sommets. Dix, quinze jours leur étaient nécessaires pour rejoindre l'estive, au printemps, en attendant les premiers froids où l'on redescendait tout aussi tranquillement . Les choses,  ont beaucoup évolué.C'est maintenant des camions qui assurent le transport des troupeaux, en une seule journée. Pas la moindre accoutumance pour les bêtes, qui passent ainsi brusquement de 300 à 2000m d'altitude. Une quinzaine de jours leur est évidemment nécessaire pour retrouver leur équilibre physiologique.

Comment ne pas faire le parallèle avec certains pays parmi les plus défavorisés ? Trop souvent ayant sous les yeux les exemples véhiculés par les médias, en particulier par la télévision, leurs populations et leurs dirigeants désirent copier le monde occidental et son mode de vie. Il nous a fallu 200, 300 années parfois, pour en arriver au point où en est notre démocratie. Il est bien entendu illusoire de s'imaginer possible de passer brusquement d'une civilisation dans laquelle la part du revenu agricole est prépondérante, et quelquefois même où ce type de revenus est unique, à une civilisation qui voit l'agriculture se mécaniser, avant de très rapidement s'industrialiser. Elle ne subsiste qu'en s'adaptant, non pas à la fois au climat et aux possibilités de la terre, comme cela était précédemment le cas, mais au contraire en suivant au plus près les demandes et les contraintes du marché mondial. Cela bien sûr risque d'épuiser à la fois les ressources en eau, et la terre elle-même, et  d'ajouter aux difficultés propres à ce milieu .Il faut, pour arriver à des rendements intéressants, utiliser de plus en plus d'engrais chimiques, voire inventer de nouvelles espèces botaniques , convenant à différents pays où auparavant on n'aurait pas eu l'idée de les cultiver.

Que dire des ressources naturelles, dont le monde occidental est de plus en plus gourmand, épuisant par là même le tiers-monde ?On n'offre même pas, surtout pas à celui-ci la possibilité de transformer ces ressources sur place, et d'accéder ainsi à l'industrialisation si nécessaire.

Ainsi est bouclée la boucle, amenant trop d'habitants de ces pays , à tenter de venir chez nous chercher le travail qui n'existe pas chez eux, non plus qu'une quelconque esquisse de protection sociale. Ils rejoignent à leur tour les pitoyables troupeaux d'êtres errant à la recherche d'un illusoire Eldorado, poussés en cela par des passeurs épouvantablement cupides, qui les entrainent dans des aventures trop souvent sans retour, où on peut se poser la question de savoir si la mort n'est pas plus douce que la survie dans nos pays. Trop de ces voyages se terminent par des naufrages, aussi bien malheureusement au propre qu'au figuré.

Prenons garde, nos pays à leur tour devenir le tiers -monde de la planète. L'accroissement de l'activité industrielle et l'exploitation de richesses naturelles de pays hier encore en devenir, je veux parler par exemple de la Chine, de l'Inde, de la Russie, du Brésil, du Vénézuéla ,de l'Argentine ne nous pousse-t-il pas à très court terme -en tous cas très court au regard de l'histoire-, pour laquelle 20 ans représentent un clin d'œil-, à notre tour vers une condition d'assistés ? Puissions-nous alors ne pas regretter notre morgue, notre cruauté, ou au mieux notre indifférence envers trop de ceux qui alors domineront le monde. Espérons ne pas être à notre tour contraints à une transhumance tragique vers d'inaccessibles bonheurs.

Chronique parue en mars 2006,toujours d'actualité hélas.

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